Poésie Joachim Du Bellay

Recueils de poèmes

Les Regrets

Si la perte des tiens, si les pleurs de ta mère,
Et si de tes parents les regrets quelquefois,
Combien, cruel Amour, que sans amour tu sois,
T’ont fait sentir le deuil de leur complainte amère:

C’est or qu’il faut montrer ton flambeau sans lumière,
C’est or qu’il faut porter sans flèches ton carquois,
C’est or qu’il faut briser ton petit arc turquois,
Renouvelant le deuil de ta perte première.

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On ne fait de tout bois l’image de Mercure,
Dit le proverbe vieil:
mais nous voyons ici
De tout bois faire pape, et cardinaux aussi,
Et vêtir en trois jours tout une autre figure.

Les princes et les rois viennent grands de nature:

Aussi de leurs grandeurs n’ont-ils tant de souci,
Comme ces dieux nouveaux, qui n’ont que le sourcil
Pour faire révérer leur grandeur, qui peu dure.

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Que dirons-nous, Melin, de cette cour romaine,
Où nous voyons chacun divers chemins tenir,
Et aux plus hauts honneurs les moindres parvenir,
Par vice, par vertu, par travail, et sans peine?

L’un fait pour s’avancer une dépense vaine,
L’autre par ce moyen se voit grand devenir,
L’un par sévérité se sait entretenir,
L’autre gagne les coeurs par sa douceur humaine:

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Ursin, quand j’oy nommer de ces vieux noms romains,
De ces beaux noms connus de l’Inde jusqu’au More,
Non les grands seulement, mais les moindres encore,
Voire ceux-là qui ont les ampoules aux mains:

Il me fâche d’ouïr appeler ces vilains
De ces noms tant fameux, que tout le monde honore:
Et sans le nom chrétien, le seul nom que j’adore,
Voudrais que de tels noms on appelât nos saints.

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Quand je vais par la rue, où tant de peuple abonde,
De prêtres, de prélats, et de moines aussi,
De banquiers, d’artisans, et n’y voyant, ainsi
Qu’on voit dedans Paris, la femme vagabonde:

Pyrrhe, après le dégât de l’universelle onde,
Ses pierres (dis-je alors) ne sema point ici:

Et semble proprement, à voir ce peuple-ci,
Que Dieu n’y ait formé que la moitié du monde.

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D’où vient que nous voyons à Rome si souvent
Ces garces forcener, et la plupart d’icelles
N’être vieilles, Ronsard, mais d’âge de pucelles,
Et se trouver toujours en un même couvent?

Qui parle par leur voix? quel démon leur défend
De répondre à ceux-là qui ne sont connus d’elles?
Et d’où vient que soudain on ne les voit plus telles,
Ayant une chandelle éteinte de leur vent?

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Doulcin, quand quelquefois je vois ces pauvres filles
Qui ont le diable au corps, ou le semblent avoir,
D’une horrible façon corps et tête mouvoir,
Et faire ce qu’on dit de ces vieilles Sibylles:

Quand je vois les plus forts se retrouver débiles,
Voulant forcer en vain leur forcené pouvoir:

Et quand même j’y vois perdre tout leur savoir
Ceux qui sont en votre art tenus des plus habiles:

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O Déesse, qui peux aux princes égaler
Un pauvre mendiant qui n’a que la parole,
Et qui peux d’un grand roi faire un maître d’école,
S’il te plaît de son lieu le faire dévaler:

Je ne te prie pas de me faire enrôler
Au rang de ces messieurs que la faveur accole,
Que l’on parle de moi, et que mon renom vole
De l’aile dont tu fais ces grands princes voler:

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Maudit soit mille fois le Borgne de Libye,
Qui, le coeur des rochers perçant de part en part,
Des Alpes renversa le naturel rempart,
Pour ouvrir le chemin de France en Italie.

Mars n’eût empoisonné d’une éternelle envie
Le coeur de l’Espagnol et du Français soudard,
Et tant de gens de bien ne seraient en hasard
De venir perdre ici et l’honneur et la vie.

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En mille crespillons les cheveux se friser,
Se pincer les sourcils, et d’une odeur choisie
Parfumer haut et bas sa charnure moisie,
Et de blanc et vermeil sa face déguiser:

Aller de nuit en masque, en masque deviser,
Se feindre à tous propos être d’amour saisie,
Siffler toute la nuit par une jalousie,
Et par martel de l’un, l’autre favoriser:

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