C’est fou Le nombre de gens Qui depuis le pont Me regardent couler Dans la rivière Et atteindre le fond C’est fou Ce que l’eau est froide
Il vient d’accrocher Des mots tendres aux branches Basses d’un frêne Encore mal réveillé Attention l’un d’entre eux Risquerait de tomber Si le vent soudain Se mettait à souffler L’arbre a de la peine A supporter l’humeur Du poète qui Vient lui tourner autour
Sur la crête des dunes Le sable se demande Quand sa vie prendra fin Dans un verre posé Sur la table bancale C’est la même question Que soulèvent entre elles Les gouttes de vin Et quelques poussières
Le ciel s’est déchiré Comme ces papiers peints Que d’une main Rageuse on arrache Ce n’est qu’un éclair Un coup de tonnerre M’assure un voisin
Gris-jaunes empalés Par quelques longs poteaux Sans doute de connivence Les nuages aux dieux Se tordant de douleur Adressent des plaintes Et brisent le silence Que leur imposent les cieux Le grands maîtres là-haut
Les mots palpitent Comme des coeurs Au coeur des vers Du poème dont l’auteur Vient juste d’accoucher Miettes d’inutile Moutonnement des heures Glauques Incertaines Eclats tranchants De pierres transparentes
Tu es belle lui dit-il Comme la fleur d’oranger Dans le creux de la main Géante de l’été Comme au mourir des vagues L’écume qui s’étend Sur la plage à nos pieds Comme dans les dunes La douce lascivité Des courbes ocrées Du sable que sculptent
Entre des doigts agiles Soulever doucement Le voile brumeux Qui étouffe la ville La mettre à nu comme Pour la déshabiller Puis solliciter Le soleil qui Dans sa bienveillance La couvrirait De l’ardeur du silence De la joie retrouvée Attendre que le jour Tourne autour du clocher Comme le papillon Qui fait le tour des…
Traverser le pont
Qui enjambe les eaux
De la vie qui s’écoule
Entre les rochers
Moussus que caresse
Leur flot continu
Voir s’y refléter
Le ciel ingénu
Qui bleuit à mesure
Que l’espérance croît
Dans le coeur tourmenté
Par le manque de foi
Passer sur la rive
Une larme accrochée Sur la joue du temps Refuse obstinément De s’en détacher Plus bas c’est le vide Et le risque est trop grand Pour elle d’éclater Que personne dit-elle Ne tente de m’essuyer
Cultivons nous