XLVI. Ode

Dans  Œuvres poétiques
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Enfin mon amitié se lasse,

Je suis forcé de me guérir,

L'amour qui me faisait périr,

Tous les jours peu à peu se passe.

J'ai rappelé mon jugement,

J'ai fait voeu d'aimer sagement,

Je rougis de ma servitude,

Et proteste devant les dieux

Que je hais ton ingratitude

Plus que je n'ai chéri tes yeux.

Je n'ai plus le soin de te plaire,

Mes charmes sont évanouis,

Désormais je me réjouis

De ta haine et de ta colère.

Cette lâcheté d'endurer

Ne me saurait durer:

Je veux être exempt de souffrance

Aussi bien que toi de pitié,

Et vivre avec l'indifférence

Dont tu traites mon amitié.

Jamais douleur insupportable

Jusques à mon mal n'empira;

Jamais esprit ne soupira

D'un travail si peu profitable:

Je vis trop amoureusement,

Je sers trop malheureusement,

Ma belle ne veut point entendre

Le mal qu'elle me fait sentir,

Et me défend de rien prétendre

Que la honte et le repentir.

O mes dieux! ô mon influence!

Regardez la peine où je suis;

Sans faire un crime je ne puis

Espérer une récompense.

O dieux qui gouvernez nos coeurs,

Si vous n'êtes des dieux moqueurs,

Ou des dieux sans miséricorde,

Remettez-moi dans ma maison;

Ou faites enfin qu'on m'accorde

Ou la mort ou la guérison.



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