Pierrot

(Publié le 15 mars 2006) (Mis à jour le: 5 janvier 2016)
Ce n’est plus le rêveur lunaire du vieil air
Qui riait aux aïeux dans les dessus de porte ;
Sa gaîté, comme sa chandelle, hélas! est morte,
Et son spectre aujourd’hui nous hante, mince et clair.

Et voici que parmi l’effroi d’un long éclair
Sa pâle blouse a l’air, au vent froid qui l’emporte,
D’un linceul, et sa bouche est béante, de sorte
Qu’il semble hurler sous les morsures du ver.

Avec le bruit d’un vol d’oiseaux de nuit qui passe,
Ses manches blanches font vaguement par l’espace


Des signes fous auxquels personne ne répond.

Ses yeux sont deux grands trous où rampe du phosphore
Et la farine rend plus effroyable encore
Sa face exsangue au nez pointu de moribond.

 

Jadis et naguère

Paul Verlaine

Pierrot Jadis et naguère Poésie Paul Verlaine

 Poésie Paul Verlaine - Jadis et naguère - Pierrot -  Ce n'est plus le rêveur lunaire du vieil air Qui riait aux aïeux dans les dessus de porte ;



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