Vers inédits

Poésies André Chénier

……Si j’avais vécu dans ce temps de l’antique Rome….
Des belles voluptés la voix enchanteresse
N’aurait point entraîné mon oisive jeunesse.
Je n’aurais point en vers de délices trempés,
Et de l’art des plaisirs mollement occupés,
Plein des douces fureurs d’un délire profane,
Livré nue aux regards ma muse courtisane.
J’aurais, jeune Romain, au sénat, aux combats,
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Fille de Pandion, ô jeune Athénienne,
La cigale est ta proie, hirondelle inhumaine,
Et nourrit tes petits qui, débiles encor,
Nus, tremblans, dans les airs n’osent prendre l’essor.
Tu voles; comme toi la cigale a des ailes.

Tu chantes ; elle chante. A vos chansons fidèles
Le moissonneur s’égaie; et l’automne orageux
En des climats lointains vous chasse toutes deux.
Oses-tu donc porter dans ta cruelle joie
A ton nid, sans pitié, cette innocente proie?
Et faut-il voir périr un chanteur sans appui
Sous la morsure, hélas! d’un chanteur comme lui?

 

Un poème d’André Chénier

La nymphe l’aperçoit et l’arrête et soupire.
Vers un banc de gazon, tremblante elle l’attire;
Elle s’assied. Il vient timide avec candeur,
Ému d’un peu d’orgueil, de joie et de pudeur.
Les deux mains de la nymphe errent à l’aventure.
L’une, de son front blanc, va de sa chevelure
Former les blonds anneaux. L’autre de son menton
Caresse lentement le mol et doux coton.
Approche, bel enfant, approche, lui dit-elle,
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Que les deux beaux oiseaux, les colombes fidèles,
Se baisent. Pour s’aimer les dieux les firent belles.
Sous leur tête mobile, un cou blanc, délicat,
Se plie, et de la neige effacerait l’éclat.
Leur voix est pure et tendre, et leur ame innocente,
Leurs yeux doux et sereins, leur bouche caressante.
L’une a dit à sa sœur : – Ma sœur……
L’autour et l’oiseleur, ennemis de nos jours,
De ce réduit, peut-être, ignorent les détours.
Viens……
L’autre a dit à sa soeur : – Ma sœur, une fontaine
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…Comme aux bords d’Eurotas
Lorsqu’une épouse est près du terme de Lucine,
On suspend devant elle, en un riche tableau,
Ce que l’art de Zeuxis anima de plus beau;
Apollon et Bacchus, Hyacinthe, Nérée,

Avec les deux Gémeaux leur soeur tant désirée.
L’épouse les contemple; elle nourrit ses yeux
De ces objets, honneur de la terre et des cieux;
Et de son flanc, rempli de ces formes nouvelles,
Sort un fruit noble et beau comme ces beaux modèles

 

D’André Chénier

Tout homme a ses douleurs. Mais aux yeux de ses frères
Chacun d’un front serein déguise ses misères.
Chacun ne plaint que soi. Chacun dans son ennui
Envie un autre humain qui se plaint comme lui.

Nul, des autres mortels, ne mesure les peines
Qu’ils savent tous cacher comme il cache les siennes
Et chacun, l’oeil en pleurs, en son coeur douloureux
Se dit : – Excepté moi, tout le monde est heureux.
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Triste vieillard, depuis que pour tes cheveux blancs
Il n’est plus de soutien de tes jours chancelans,
Que ton fils orphelin n’est plus à son vieux père
Renfermé sous ton toit et fuyant la lumière.
Un sombre ennui t’opprime et dévore ton sein.
Sur ton siège de hêtre, ouvrage de ma main,
Sourd à tes serviteurs, à tes amis eux-même,
Le front baissé, l’oeil sec, et le visage blême,
Tout le jour en silence à ton foyer assis,
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Blanche et douce colombe, aimable prisonnière,
Quel injuste ennemi te cache a la lumière?
Je t’ai vue aujourd’hui (que le ciel était beau!)
Te promener long-temps sur le bord du ruisseau ;
Au hasard, en tous lieux, languissante, muette,
Tournant tes doux regards et tes pas et ta tête.
Caché dans le feuillage, et n’osant l’agiter,
D’un rameau sur un autre à peine osant sauter,
J’avais peur que le vent décelât mon asile.
Tout seul je gémissais, sur moi-même immobile,
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