Les solitudes

Les solitudes

0.0 00 La mer pousse une vaste plainte, Se tord et se roule avec bruit, Ainsi qu'une géante enceinte Qui des grandes douleurs atteinte, Ne pourrait pas donner son fruit ;

Les solitudes

0.0 00 Femmes, vous blasphémez l'amour, quand d'aventure Un seul rebelle insulte à votre royauté. Ah ! C'est un pire affront qu'en silence elle endure, La jeune fille à qui la marâtre nature A dénié sa gloire et son droit : la beauté !

Les solitudes

0.0 00 J'ai vu, tels que des morts réveillés par le glas, Les moines, lampe en main, se ranger en silence, Puis pousser, comme un vol de corbeaux qui s'élance, Leurs noirs miserere qui plaisent au coeur las.

Les solitudes

0.0 00 C'est une grande allée à deux rangs de tilleuls. Les enfants, en plein jour, n'osent y marcher seuls, Tant elle est haute, large et sombre. Il y fait froid l'été presque autant que l'hiver ; On ne sait quel sommeil en appesantit l'air, Ni quel deuil en épaissit l'ombre.

Les solitudes

0.0 00 Au temps où les plaines sont vertes, Où le ciel dore les chemins, Où la grâce des fleurs ouvertes Tente les lèvres et les mains,

Les solitudes

0.0 00 Dans cette mascarade immense des vivants Nul ne parle à son gré ni ne marche à sa guise ; Faite pour révéler, la parole déguise, Et la face n'est plus qu'un masque aux traits savants.

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