Poésie François Coppée

Promenades et Intérieurs

« Mais je l’ai vu si peu ! » disiez-vous l’autre jour. – Et moi, vous ai-je vue en effet davantage ? En un moment mon cœur s’est donné sans partage. Ne pouvez-vous ainsi m’aimer à votre tour ?

Souvent, lorsque la main sur les yeux, je médite, Elle m’apparaît, svelte et la tête petite, Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front. Trouverai-je jamais des mots qui la peindront, La chère vision que malgré moi j’ai fuie ?

Ce serait sur les bords de la Seine. Je vois Notre chalet, voilé par un bouquet de bois. Un hamac au jardin, un bateau sur le fleuve. Pas d’autre compagnon qu’un chien de Terre-Neuve Qu’elle aimerait et dont je serais bien jaloux. Des faïences à fleurs pendraient après des clous ;

Espiègle ! j’ai bien vu tout ce que vous faisiez, Ce matin, dans le champ planté de cerisiers Où seule vous étiez, nu-tête, en robe blanche. Caché par le taillis, j’observais. Une branche, Lourde sous les fruits mûrs, vous barrait le chemin Et se trouvait à la hauteur de votre main.

La maison, aujourd’hui ferme, jadis château, A bon air. Un fossé l’entoure ; un vieux bateau, Plein de feuillage mort, pourrit là, sous le saule. Par l’étroit pont de pierre où la volaille piaule Répondant à grands cris aux canards du fossé,

Dans la plaine blonde et sous les allées, Pour mieux faire accueil au doux messidor, Nous irons chasser les choses ailées, Moi, la strophe, et toi, les papillons d’or.

Devant le frais cottage au gracieux perron, Sous la porte que timbre un tortil de baron, Debout entre les deux gros vases de faïence, L’amazone, déjà pleine d’impatience, Apparaît, svelte et blonde, et portant sous son bras Sa lourde jupe, avec un charmant embarras.

La rue était déserte et donnait sur les champs. Quand j’allais voir l’été les beaux soleils couchants Avec le rêve aimé qui partout m’accompagne, Je la suivais toujours pour gagner la campagne, Et j’avais remarqué que, dans une maison Qui fait l’angle et qui tient, ainsi qu’une prison,

Le salon s’ouvre sur le parc Où les grands arbres, d’un vert sombre, Unissent leurs rameaux en arc Sur les gazons qu’ils baignent d’ombre.

Tous ces jours-ci, mes chers lecteurs, je désirais, Tel un petit garçon qui, frisé tout exprès, Présente son rouleau noué d’un ruban rose, Vous offrir un joli compliment – vers ou prose – Pour l’an qui, cette nuit, naquit et commença. Mais, quand j’étais enfant – oh ! pas plus haut que ça ! –…

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