À M. le capitaine J.-E. Bernier

(Publié le 30 octobre 2008) (Mis à jour le: 30 octobre 2008)


 
Amant des grandes eaux, des vastes horizons,
Dans l’âme te sentant la flamme des Jasons,
Tu brûles de voguer vers la zone lointaine
Qui vit sombrer, hélas ! tant de puissants agrès,
Et, pour collaborer à l’œuvre du progrès,
Tu vas risquer tes jours, ô vaillant capitaine !

 

Oui, chez toi c’est le sang des découvreurs qui bat ;
Le danger te séduit, nul vent ne te courba,
Nul fardeau n’est trop lourd pour ta robuste épaule,
Et, vers le but rêvé tournant ton front d’airain,
Tu jures de vouloir distancer tout marin,
Tu promets de porter ton pavillon au pôle.

Guidé par les jalons que des preux immortels
Ont semés à travers les glaçons éternels
Que l’Arctique sans fin bouleverse et tourmente,
Tu vas, j’en suis certain, écarter tout revers,
Tu vas toucher du doigt le bout de l’univers,
Réaliser bientôt le projet qui te hante.
 
Tout ce que la nature a de rude et d’amer,
Toute l’horreur qui doit régner sur une mer
Que l’hiver boréal incessamment entoure,
Tu l’auras à combattre, ô noble aventurier !
Nul tourment ne fera fléchir ton cœur d’acier,
Rien ne triomphera de ta mâle bravoure.

Tu sortiras vainqueur de ce combat sans nom
Où jamais ne devra dominer le canon,
Mais bien plutôt ta voix, ta grande voix qui vibre,
En faisant répéter à de mornes échos,
Qui n’ont jamais frémi qu’au grondement des flots,
Les allègres refrains d’un jeune pays libre.

Sur le sommet nacré d’un iceberg géant,
― Semblant un vaste autel bercé par l’Océan, ―
Pour remercier Dieu qui retient les désastres,
Un soir, tu planteras quelque modeste croix,
Et tes fiers compagnons, ces marins de ton choix,
Avec toi fléchiront le genou sous les astres.

Un ardent Te Deum montera vers le ciel,
Et dès qu’aura vibré cet hymne solennel,
Des frissons inconnus traverseront l’espace,
Le gouffre des grands flots engourdis tremblera,
Et l’esprit des déserts dans la brume dira :
― Banquises, courbez-vous ! c’est le maître qui passe ! ―
 
Captif du fier progrès, proscrit du saint devoir,
Tes amis ne pourront de sitôt te revoir ;
Mais, durant les longs jours de ta longue croisière,
Ton souvenir en eux sera toujours vivant,
Et les soirs radieux les verront bien souvent
Pensifs et l’œil tourné vers l’étoile polaire.

Et quand tu reviendras du parage ignoré
Où tant d’audacieux espoirs avaient sombré,
Ton large front aura la pâleur glaciale ;
Mais dans l’ombre sereine où la gloire enfin luit,
Ton nom rayonnera comme parfois, la nuit,
Brille dans notre ciel l’aurore boréale.

 




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