sur la mort d’une jeune demoiselle

(Publié le 8 février 2007) (Mis à jour le: 4 juillet 2016)
Les vents retiennent leur haleine ; le soir est calme et sombre ; aucun zéphyr n’erre dans le bocage ; et moi, je vais revoir la tombe de ma Marguerite, et répandre des fleurs sur la cendre que j’aime.

Dans cette étroite cellule repose sa poussière, cette poussière que
tant de vie animait naguère ; le Roi des Épouvantements en a fait sa
proie ; ni le mérite, ni la beauté, n’ont pu racheter sa vie.

Oh ! si ce Roi des Épouvantements avait pu se laisser attendrir ! si le
Ciel avait réformé son rigoureux décret, celui qui la pleure n’aurait
pas de regrets à faire parler ici ; ce n’est pas ici que la Muse
raconterait ses vertus.

Mais pourquoi pleurer ? Son àme incomparable a pris son vol par delà
les régions où brille l’astre du jour ; et des anges en pleurs la
conduisent vers ces bosquets sacrés où la Vertu est récompensée par des
plaisirs sans fin.

Et nous, mortels présomptueux, irons-nous accuser le Ciel et nous
élever follement contre la divine providence ? Ah ! loin de moi des
pensées aussi vaines ! – Je ne refuserai point à mon Dieu l’hommage de
ma résignation.

Et pourtant il est doux le souvenir de ses vertus ; elle est fraîche et
vivante la mémoire de sa beauté. Mes pleurs n’ont point cessé de couler
pour elle ; et son image a gardé dans mon cœur sa place accoutumée.

 

Poésie

Lord Byron

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