Souvenirs du peuple

(Publié le 30 mai 2007) (Mis à jour le: 15 janvier 2016)
Là viendront les villageois
Dire alors à quelque vieille :
Par des récits d’autrefois,
Mère, abrégez notre veille.
On parlera de sa gloire
Sous le chaume bien longtemps
L’humble toit, dans cinquante ans,
Ne connaîtra plus d’autre histoire.


Bien, dit-on qu’il nous ait nui,
Le peuple encor le révère,
Oui, le révère.
Parlez-nous de lui,
Parlez-nous de lui, grand’mère;
Parlez-nous de lui,
Parlez-nous de lui.

Mes enfants, dans ce village,
Suivi de rois, il passa.
Voilà bien longtemps de ça ;
Je venais d’entrer en ménage.
A pied grimpant le coteau
Où pour voir je m’étais mise,
Il avait petit chapeau
Avec redingote grise.
Près de lui je me troublai ;
Il me dit : Bonjour, ma chère,
Bonjour, ma chère.
– Il vous a parlé, grand’mère !
Il vous a parlé !

L’an d’après, moi, pauvre femme,
A Paris étant un jour,
Je le vis avec sa cour :
Il se rendait à Notre-Dame.
Tous les coeurs étaient contents,
On admirait son cortège.
Chacun disait : Quel beau temps !
Le ciel toujours le protège.
Son sourire était bien doux.
D’un fils Dieu le rendait père,
Le rendait père.
– Quel beau jour pour vous, grand’mère !
Quel beau jour pour vous !

Mais quand la pauvre Champagne
Fut en proie aux étrangers,
Lui, bravant tous les dangers,
Semblait seul tenir la campagne.
Un soir, tout comme aujourd’hui,
J’entends frapper à la porte ;
J’ouvre, bon Dieu ! c’était lui,
Suivi d’une faible escorte.
Il s’asseoit où me voilà,
S’écriant : Oh ! quelle guerre !
Oh ! quelle guerre !
– Il s’est assis là, grand’mère !
Il s’est assis là !

J’ai faim, dit-il ; et bien vite
Je sers piquette et pain bis.
Puis il sèche ses habits,
Même à dormir le feu l’invite.
Au réveil, voyant mes pleurs,
Il me dit : Bonne espérance !
Je cours de tous ses malheurs
Sous Paris, venger la France.
Il part ; et comme un trésor
J’ai depuis gardé son verre.
Gardé son verre.
– Vous l’avez encor, grand’mère !
Vous l’avez encor !

Le Voici. Mais à sa perte
Le héros fut entraîné.
Lui, qu’un pape a couronné,
Est mort dans une île déserte.
Longtemps aucun ne l’a cru.
On disait : Il va paraître ;
Par mer il est accouru ;
L’étranger va voir son maître.
Quand d’erreur on nous tira,
Ma douleur fut bien amère,
Fut bien amère !
– Dieu vous bénira, grand-mère ;
Dieu vous bénira.

Chansons
Pierre Jean de Béranger




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