Le Rieur et les Poissons

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(Last Updated On: 9 décembre 2015)
On cherche les rieurs, et moi je les évite.
Cet art veut, sur tout autre, un suprême mérite:
Dieu ne créa que pour les sots
Les méchants diseurs de bons mots.
J'en vais peut-être en une fable
Introduire un; peut-être aussi
Que quelqu'un trouvera que j'aurai réussi.
Un rieur était à la table
D'un financier, et n'avait en son coin
Que de petits poissons: tous les gros étaient loin.


Il prend donc les menus, puis leur parle à l'oreille,
Et puis il feint, à la pareille,
D'écouter leur réponse. On demeura surpris;
Cela suspendit les esprits.
Le rieur alors, d'un ton sage,
Dit qu'il craignait qu'un sien ami,
Pour les grandes Indes parti,
N'eut depuis un an fait naufrage;
Il s'en informait donc à ce menu fretin ;
Mais tous lui répondaient qu'ils n'étaient pas d'un âge
A savoir au vrai son destin;
Les gros en sauraient davantage.
«N'en puis-je donc, Messieurs, un gros interroger?»
De dire si la compagnie
Prit goût à sa plaisanterie,
J'en doute; mais enfin, il les sut engager
A lui servir d'un monstre assez vieux pour lui dire
Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus
Qui n'en étaient pas revenus,
Et que depuis cent ans, sous l'abîme avaient vus
Les anciens du vaste empire.

Jean de la Fontaine

Le Rieur et les Poissons Les fables Livre 8 Fables Jean de la Fontaine

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