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Le Mari la Femme et le Voleur

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(Dernière mise à jour : 9 décembre 2015)
Un mari fort amoureux,
Fort amoureux de sa femme,
Bien qu'il fût jouissant se croyait malheureux.
Jamais oeillade de la dame,
Propos flatteur et gracieux,
Mot d'amitié ni doux sourire
Déifiant le pauvre sire,
N'avaient fait soupçonner qu'il fût vraiment chéri.
Je le crois, c'était un mari.
Il ne tint point à l'hyménée


Que, content de sa destinée,
Il n'en remerciât les dieux.
Mais quoi? Si l'amour n'assaisonne
Les plaisirs que l'hymen nous donne,
Je ne vois pas qu'on en soit mieux.
Notre épouse étant donc de la sorte bâtie,
Et n'ayant caressé son mari de sa vie,
Il en faisait sa plainte une nuit. Un voleur
Interrompit la doléance.
La pauvre femme eut si grand peur
Qu'elle chercha quelque assurance
Entre les bras de son époux.
" Ami voleur, dit-il, sans toi ce bien si doux
Me serait inconnu. Prends donc en récompense
Tout ce qui peut chez nous être à ta bienséance;
Prends le logis aussi." Les voleurs ne sont pas
Gents honteux, ni fort délicats:
Celui-ci fit sa main. J'infère de conte
Que la plus forte passion
C'est la peur; elle fait vaincre l'aversion,
Et l'amour quelquefois; quelquefois il la dompte:
J'en ai pour preuve cet amant
Qui brûla sa maison pour embrasser sa dame,
L'emportant à travers la flamme.
J'aime assez cet emportement;
Le conte m'en a plu toujours infiniment:
Il est bien d'une âme espagnole,
Et plus grande encore que folle

Jean de la Fontaine

Le Mari la Femme et le Voleur Les fables Livre 9 Fables Jean de la Fontaine

 Fables Jean de la Fontaine - Les fables Livre 9 - Le Mari la Femme et le Voleur -   Un mari fort amoureux, Fort amoureux de sa femme,



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