La Fleur rouge

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À moi seul !… pour moi seul !… Oh ! toute ma pensée
Fixe, ardente et jalouse, allait, en frémissant,
Vers cette fleur de pourpre, à ta gorge placée
Comme une goutte de ton sang ; 

Chaude émanation, larme rouge, venue
Des sources de ce cœur où tu m’as fait puiser,
Et que j’aurais voulu, sur ta poitrine nue,
Boire, à genoux, dans un baiser !

Ta robe, autour de toi, flottait comme un nuage ;
Tes cheveux déroulés m’embaumaient en passant ;
Mais je suivais toujours, sur les bords du corsage,
L’étoile au disque rougissant.

À moi seul !… pour moi seul !… J’ai la fleur. Ô folie !
Ô rêve !… humide encor des tiédeurs de ta peau ;
Et cette fleur n’est pas de celles qu’on oublie,
Ou qu’on attache à son chapeau !

Au plus suave endroit de mon plus cher poète,
Demain, dans quelque beau volume à tranche d’or,
Grave, religieux, et découvrant ma tête,
J’ensevelirai mon trésor ;

Afin que ― tous les deux ayant cessé de vivre ―
Quelque couple, ici-bas, jeune et tendre, à son tour,
Devine notre histoire, en exhumant du livre
Le squelette de notre amour !

 

Poète Louis Bouilhet

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