Dédicace à monseigneur le duc de Bourgogne

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(Last Updated On: 4 décembre 2015)
Je ne puis employer, pour mes fables, de protection qui me soit plus glorieuse que la vôtre. Ce goût exquis et ce jugement si
solide que vous faites paraître dans toutes choses au-delà d'un âge où à peine les
autres princes sont-ils touchés de ce qui les environne avec le plus d'éclat; tout cela
joint au devoir de vous obéir et à la passion de vous plaire, m'a obligé de vous
présenter un ouvrage dont l'original a été l'admiration de tous les siècles ainsi que
celle de tous les sages.
Vous m'avez même ordonné de continuer; et si vous me permettez
de le dire, il y a des sujets dont je vous suis redevable, et vous avez jeté des grâces
qui ont été admirées de tout le monde. Nous n'avons plus besoin de consulter ni Apollon


ni les Muses, ni aucune des divinités du Parnasse: elles se rencontrent toutes dans les
présents que vous a faits la nature, et dans cette science de bien juger des ouvrages de
l'esprit, à quoi vous joignez déjà celle de connaître toutes les règles qui y
conviennent. Les fables d'Esope sont une ample matière pour ses talents, elles embrassent
toutes sortes d'événements et de caractères. Ses mensonges sont proprement une manière
d'histoire où on ne flatte personne. Ce ne sont pas choses de peu d'importance que ces
sujets: les animaux sont les précepteurs des hommes dans mon ouvrage. Je ne m'étendrai
pas davantage là-dessus: vous voyez mieux que moi le profit qu'on en peut tirer. Si vous
vous connaissez maintenant en orateurs et en poètes, vous vous connaitrez encore mieux
quelque jour en bons politiques et en bons généraux d'armée; et vous vous tromperez
aussi peu au choix des personnes qu'au mérite des actions. Je ne suis pas d'un âge à
espérer d'en être témoin. Il faut que je me contente de travailler sous vos ordres.
L'envie de vous plaire me tiendra lieu d'une imagination que les ans ont affaiblis: quand
vous souhaiterez quelque fable, je la trouverai dans ce fonds-là. Je voudrais bien que
vous y puissiez trouver des louanges dignes du monarque qui fait maintenant le destin de
tant de peuples et de nations, et qui rend toutes les parties du monde attentives à ses
conquètes, à ses victoires, et à la paix qui semble se rapprocher, et dont il impose
les conditions avec toutes les modérations que peuvent souhaiter nos ennemis. Je me le
figure comme un conquérant qui veut mettre des bornes à sa gloire et à sa puissance, et
de qui on pourrait dire, à meilleur titre qu'on ne l'a dit d'Alexandre, qu'il va tenir
les Etats de l'univers, en obligeant les ministres de tant de princes de s'assembler pour
terminer une guerre qui ne peut être que ruineuse à leurs maîtres. et sont des sujets
au-dessus de nos paroles; je les laisse à de meilleures plumes que la mienne et suis avec
un profond respect, Monseigneur,
Votre très-humble, très-obéissant et très-fidèle serviteur
De La Fontaine

Jean de la Fontaine




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