Comme les airs sont doux ! comme le ciel rayonne !

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Comme les airs sont doux ! comme le ciel rayonne !
Tout tressaille à la fois ! tout fleurit ! tout bourgeonne !
Et des halliers épais s’échappe, par moments,
Un long flot de parfums et de bourdonnements !
Dans les rameaux touffus sonnent des voix nouvelles ;
Sur les immenses nids battent les grandes ailes ;
Le monde, enveloppé d’un sourire joyeux,
Reluit au soleil clair, et la vie en tous lieux
Etale, adoucissant la rudesse des formes,
Sa pompe gigantesque et ses grâces énormes.

Tout est calme et splendide, et porte la beauté
Dans sa force première et sa sérénité !
Le bananier puissant, qu’aucun souffle n’incline,
Sous l’ombre d’une feuille abrite une colline,
Et les lourds papillons d’azur et de carmin,
Au bord des grandes fleurs, se posant en chemin,
Répandent avec bruit, sur la mousse sauvage,
Les calices profonds où tient l’eau d’un orage !
Partout, l’orchis vivace, à l’écorce monté,
Des antiques rameaux couvre la nudité.
Au tronc rugueux des pins flottent des grappes roses !
Et, secouant à l’air ses corolles écloses,
La liane se roule en cercles tortueux,
Tandis que, par endroits, un cycas monstrueux
Fait jaillir en bouquet, de ses bulbes ouvertes,
Des feuillages légers comme des plumes vertes !
Cependant, l’araignée, au pied maigre qui fuit,
Noire, épaisse, velue, attentive à tout bruit,
D’une montagne à l’autre étend ses longues toiles,
Où la rosée éclate en humides étoiles !
Et, l’aile embarrassée aux mailles des réseaux,
Comme des moucherons se prennent les oiseaux !
Sur les sables luisant de baves argentées,
Des limaçons bossus, aux cornes dilatées,
Se traînent lentement ; les fourmis, en troupeaux,
Par d’obliques sentiers gravissent les coteaux,
Tirant avec effort, vers leurs greniers en cônes,
La datte violette et ses bananes jaunes !
Sous le dôme plissé des larges champignons,
Dorment les grands lézards et les caméléons ;
L’abeille au creux d’un cèdre a bâti ses cellules ;
Aux pointes des roseaux tremblent les libellules ;
Mille essaims bruissants qui prennent leur essor,
Tourbillonnent, dans l’air, comme un nuage d’or !
Des roches de mica les cimes à facettes
Près des mornes granits font briller leurs paillettes ;
Et la terre féconde, ouvrant son sein vermeil,
Pour aspirer la vie et boire le soleil,
Montre, de place en place, à travers sa peau sombre,
Ses os de marbre dur et ses veines sans nombre !

Mais, au-dessus des bois, l’un l’autre s’appelant,
Deux oiseaux d’écarlate, au vol étincelant,
Se suivent dans les cieux, fendant avec leurs ailes
De l’espace azuré les vagues éternelles !
Puis, glissant de la nue, ainsi qu’un large éclair,
S’abattent, à grand bruit, sous le feuillage vert !…
Le cri rauque et perçant de leurs gorges gonflées
Expire mollement en cascades roulées ;
Leurs yeux ronds semblent d’or, mille frissons joyeux
Font, sur les sables fins, palpiter leurs pieds bleus,
Et, dans le tourbillon des ailes qui frémissent,
Leurs becs impatients se cherchent et s’unissent !
L’air est chaud, le ciel lourd, de moment en moment,
Les buissons autour d’eux, s’écartent lentement
Et l’on voit flamboyer leurs plumages superbes
Comme un rouge incendie, entre les hautes herbes !…

Poète Louis Bouilhet



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