Valentine

XXI

La danse était fort animée au parc de Raimbault. Les paysans, pour lesquels on avait dressé des ramées, chantaient, buvaient, et proclamaient le nouveau couple le plus beau, le plus heureux et le plus honorable de la contrée. La comtesse, qui n’était rien moins que populaire, avait ordonné cette fête avec beaucoup de prodigalité, afin de se débarrasser en un jour de tous les trais d’amabilité qu’une autre eût faits dans le cours de sa vie. Elle avait un profond mépris pour la canaille, et prétendait que, pourvu qu’on la fît boire et manger, on pouvait ensuite Lire la suite...

XXII

Bénédict s’enfonça dans le parc de Raimbault, et se jetant sur la mousse, dans un endroit sombre, il s’abandonna aux plus tristes réflexions. Il venait de rompre le dernier lien qui l’attachait à la vie; car il sentait bien qu’après de telles relations avec Pierre Blutty, il ne pouvait plus en conserver de directes avec ses parents de la ferme. Ces lieux, où il avait passé de si heureux instants, et qui étaient pour lui tout remplis des traces de Valentine, il ne les verrait plus; ou s’il y retournait quelquefois, ce serait en étranger et sans Lire la suite...

XXIII

Bénédict entendit successivement fermer toutes les portes de la maison. Peu à peu les pas des domestiques s’éloignèrent du rez-de-chaussée, les reflets que quelques lumières errantes faisaient courir sur le feuillage s’éteignirent; les sons lointains des instruments et quelques coups de pistolet qu’il est d’usage en Berry de tirer aux noces et aux baptêmes en signe de réjouissance, venaient seuls par intervalles rompre le silence. Bénédict se trouvait dans une situation inouïe, et qu’il n’eût jamais osé rêver. Cette nuit, cette horrible nuit qu’il Lire la suite...

XXIV

Valentine, plus fatiguée d’un semblable sommeil qu’elle ne l’eût été d’une insomnie, s’éveilla fort tard. Le soleil était haut et chaud dans le ciel, des myriades d’insectes bourdonnaient dans ses rayons. Longtemps plongée dans ce mol engourdissement qui suit le réveil, Valentine ne cherchait point encore à recueillir ses idées; elle écoutait vaguement les mille bruits de l’air et des champs. Elle ne souffrait point parce qu’elle avait oublié bien des choses et qu’elle en ignorait plus encore. Lire la suite...

XXV

Une nuit, Bénédict, accablé jusque-là par des souffrances atroces, qui ne lui avaient pas laissé retrouver une pensée, s’éveilla plus calme, et fit un effort pour se rappeler sa situation. Sa tête était empaquetée au point qu’une partie de son visage était privée d’air. Il fit un mouvement pour soulever ces obstacles et retrouver la première faculté qui s’éveille en nous, le besoin de voir, avant celui même de penser. Aussitôt une main légère détacha les épingles, dénoua un bandeau, et l’aida à se satisfaire. Il regardait cette femme pâle qui se penchait Lire la suite...

XXVI

Au léger bruit que firent les anneaux du rideau en glissant sur la tringle rouillée, Bénédict se souleva à demi éveillé et murmura le nom de Valentine. Il venait de la voir dans ses rêves; mais quand il la vit réellement devant lui, il fit un cri de joie que Louise entendit du fond du jardin, et qui la pénétra de douleur.

—Valentine, dit-il, est-ce votre ombre qui vient m’appeler ? Je suis prêt à vous suivre.

Valentine se laissa tomber sur une chaise.

—C’est moi qui viens vous ordonner de vivre, lui répondit-elle, ou vous prier de me tuer avec vous. Lire la suite...

XXVII

Valentine avait fait plus d’une visite à la maisonnette du ravin: d’abord sa présence avait calmé l’irritation de Bénédict; mais dès qu’il eut repris ses forces, comme elle cessa de le voir, son amour, à lui, redevint âpre et cuisant; sa situation lui sembla insupportable; il fallut que Louise consentît à le mener quelquefois le soir avec elle au pavillon du parc. Dominée entièrement par lui, la faible Louise éprouvait de profonds remords, et ne savait comment excuser son imprudence aux yeux de Valentine. De son côté, celle-ci s’abandonnait Lire la suite...

XXVIII

Dès ce moment, le péril devint imminent. Bénédict se sentit si heureux qu’il en devint fier, et se mit à mépriser le danger. Il prit sa destinée en dérision, et se dit qu’avec l’amour de Valentine il devait vaincre tous les obstacles. L’orgueil du triomphe le rendit audacieux; il imposa silence à tous les scrupules de Louise. D’ailleurs il était affranchi de l’espèce de dépendance à laquelle les soins et le dévouement de celle-ci l’avaient soumis. Depuis qu’il était guéri complètement, Louise habitait la ferme, et le soir ils se rendaient Lire la suite...

XXIX

Voici quel fut le résultat de leurs conventions.

Louise partit pour Paris, et revint quinze jours après avec son fils. Elle força madame Lhéry à traiter avec elle pour une pension qu’elle voulait lui payer chaque mois. Bénédict et Valentine se chargèrent tour à tour de l’éducation de Valentin, et continuèrent à se voir presque tous les jours après le coucher du soleil.

Valentin était un garçon de quinze ans, grand, mince et blond. Il ressemblait à Valentine; il avait comme elle un caractère égal et facile. Ses grands yeux bleus avaient déjà cette Lire la suite...

XXX

Quinze mois s’écoulèrent ainsi: quinze mois de calme et de bonheur dans la vie de cinq individus, c’est presque fabuleux. Il en fut ainsi pourtant. Le seul chagrin qu’éprouva Bénédict, ce fut de voir quelquefois Valentine pâle et rêveuse. Alors il se hâtait d’en chercher la cause, et il découvrait toujours qu’elle avait rapport à quelque alarme de son âme pieuse et timorée. Il parvenait à chasser ces légers nuages, car Valentine n’avait plus le droit de douter de sa force et de sa soumission. Les lettres de M. de Lansac achevaient de la rassurer, elle avait pris le parti de Lire la suite...

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