Marie

Poésie Auguste Brizeux

Pieux servants de l’art, conservez la beauté !
De ce moule où le monde en naissant fut jeté
Des types merveilleux sortirent ; le poète
Comme dans un cristal dans ses chants les reflète.
Par le grand ouvrier tel fut l’ordre prescrit :
Il mit les éléments sous la loi d’un esprit,
Pour que chaque rouage, en l’immense machine,
Remplit, sans dévier, sa fonction divine ;
Et les artistes saints, créateurs après Dieu,
Animés de son souffle, éclairés de son feu,
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Morne et seul, je passais mes jours à m’attrister,
Mais l’esprit du pays m’est venu visiter,
Et le son de sa voix semblait le chant des brises
Qui sifflent dans la lande aux bords des pierres grises.

Il dit : « Je fus un barde, et l’on me chante encor.
Cette colline verte au-dessous de Ker-Rorh
Est ma tombe. à ses pieds le torrent se déchaîne.
Là, durant les chaleurs, sous les branches d’un chêne,
Un vieux prêtre chrétien souvent venait s’asseoir ;
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Oh ! Ne quittez jamais, c’est moi qui vous le dis,
Le devant de la porte où l’on jouait jadis,
L’église où, tout enfant, et d’une voix légère,
Vous chantiez à la messe auprès de votre mère ;
Et la petite école où, traînant chaque pas,

Vous alliez le matin, oh ! Ne la quittez pas !
Car une fois perdu parmi ces capitales,
Ces immenses Paris, aux tourmentes fatales,
Repos, fraîche gaîté, tout s’y vient engloutir,
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Notre premier malheur est notre sûre épreuve.
A ce coup imprévu toute âme belle et neuve
Se révolte, et se plaint amèrement à Dieu
D’un mal inexplicable et mérité si peu ;

Mais tendre et résignée, et se sentant meilleure,
Sur le malheur d’autrui cette âme rêve et pleure.
Le méchant se révolte aussi contre le ciel ;
Mais chez lui le courroux bientôt se change en fiel :
Du mal, en souriant, il sonde le mystère,
Et prévoit qu’on en peut tirer parti sur terre.

 

Auguste Brizeux

Assez, sonneur, assez ! Vous briserez la cloche !
Sa voix par les vallons roule de roche en roche.
Les pâtres dans l’étable ont renfermé les boeufs.
« Le catéchisme sonne, Iann, peignez vos cheveux.
— Vous me rapporterez, Daniel, de l’eau bénite.
— Et vous, partez aussi, Marie, et courez vite. »
Chaque jour, vers midi, par un ciel chaud et lourd,
Elle arrivait pieds nus à l’église du bourg,
Dans les beaux mois d’été, lorsqu’au bord d’une haie
On réveille en passant un lézard qui s’effraie,
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Quand on est plein de jours, gaîment on les prodigue ;
Leur flot bruyant s’épanche au hasard et sans digue ;
C’est une source vive et faite pour courir,
Et qu’aucune chaleur ne doit jamais tarir ;

Pourtant la chaleur vient, et l’eau coule plus rare ;
La source baisse ; alors le prodigue est avare :
Incliné vers ses jours comme vers un miroir,
Dans leur onde limpide il cherche à se revoir ;
Mais, en tombant, déjà les feuilles l’ont voilée,
Et l’oeil n’y peut saisir qu’une image troublée.

 

Auguste Brizeux

J’entrais dans mes seize ans, léger de corps et d’âme,
Mes cheveux entouraient mon front d’un filet d’or,
Tout mon être était vierge et pourtant plein de flamme,
Et vers mille bonheurs je tentais mon essor.

Lors m’apparut mon ange, aimante créature ;
Un beau livre brillait sur sa robe de lin,
Livre blanc ; chaque feuille était unie et pure :
« C’est à toi, me dit-il, d’en remplir le vélin.
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Je crois l’entendre encor, quand, sa main sur mon bras,
Autour des verts remparts nous allions pas à pas :
« Oui, quand tu pars, mon fils, oui, c’est un vide immense,
Un morne et froid désert où la nuit recommence ;
Ma fidèle maison, le jardin, mes amours,
Tout cela n’est plus rien ; et j’en ai pour huit jours,
J’en ai pour tous ces mois d’octobre et de novembre,
Mon fils, à te chercher partout de chambre en chambre,
— Songe à mes longs ennuis ! — et, lasse enfin d’errer,
Je tombe sur ma chaise et me mets à pleurer.
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Etonnement de l’âme et des yeux, lorsqu’on entre
Dans cette ville active et qu’en vain nous fuyons !
Certain orgueil nous prend, on dit : « Voici le centre,
L’ardent foyer qui lance en tout lieu ses rayons. »

On vivait par le coeur, on vit par la pensée ;
Mais l’art et la pensée ont aussi leur douceur :
Comme un bel arbre, aimons la colonne élancée !
L’art vrai n’a-t-il donc pas la nature pour soeur ?
Et même les vieillards, ces mornes créatures,
A ce grand mouvement raniment leurs ressorts :
Ils vont causant entre eux de lettres, de peintures,
Et l’esprit les distrait des souffrances du corps.

 

Auguste Brizeux

  Rien ne trouble ta paix, ô doux Léta ! Le monde En vain s'agite et pousse une plainte profonde, Tu n'as pas entendu ce long gémissement, Et ton eau vers la mer coule aussi mollement ; Sur l'herbe de tes prés les joyeuses cavales Luttent chaque matin, et ces belles rivales

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