Poésie William Chapman

Les Fleurs de givre

  Sur le Fleuve ruisselle une lumière chaude, Et l’immuable azur sourit au flot mouvant. Le feuillage tressaille aux caresses du vent. Où le givre brillait rayonne l’émeraude.  

Aux rayons rutilants d’Avril la neige fond, Chaque route s’effondre et tout sentier s’efface, Les vastes flots grondants du Fleuve écumeux font Voler en lourds éclats ses entraves de glace.  

  L’interminable hiver tente un dernier effort, Pour enfouir la terre et refroidir l’espace : Sous le souffle effréné de l’ouragan du nord De plus en plus la neige en tourbillons s’entasse.    

  Le soleil maintenant allonge son parcours ; L’aube plus tôt sourit aux bois impénétrables ; Mais l’air est toujours vif, l’autan rugit toujours Parmi les rameaux nus et glacés des érables.  

  Il fait froid. Les blizzards soufflent, et nul rayon Ne dore des forêts les blancheurs infinies ; Mais Noël sur nos seuils laissa comme un sillon De clartés, de parfums, de paix et d’harmonies.  

  Tu n’as jamais sondé des yeux l’immensité De nos bois giboyeux, de nos fertiles plaines ; Notre fier Saint-Laurent n’a jamais reflété Ta voile dans les plis de son grand flot bleuté. Et tu t’épris pourtant des plages canadiennes.  

Nous sommes des fils de guerriers, Et nos pères, pleins de vaillance, Vinrent au bord d’un fleuve immense Planter leurs étendards altiers. Durant un siècle, sur nos plages Ces lutteurs au bras redouté Pour la France et la chrétienté Déployèrent tous les courages.  

I Le front nimbé des purs rayons de la fierté, Le torse débordant de la sève féconde Qui gonfle les rameaux de l’arbre Liberté, Cent ans au Canada la France avait lutté Pour peupler de ses fils le sol de tout un monde.  

C’était aux jours déjà lointains où l’Iroquois Harcelait les colons, où les coureurs des bois, Nés sur le sol normand et le granit kymrique, Promenaient aux déserts vierges de l’Amérique La force et la valeur des preux du monde ancien.  

Parcourez, attentifs, toute l’histoire humaine. De l’éclat de Ninive à la splendeur d’Athènes, Des travaux de Lincoln aux actes de Zénon, Du grand Démétrius au grand Napoléon, Et vous ne lirez pas de plus sublime page Que celle écrite, au bord de l’Ottawa sauvage, Avec un sang aussi hardi que généreux, Par des soldats français…

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