Poésie Auguste Barbier

Recueils de poèmes

Les Satires

  Autrefois, indigné de voir régner le mal, Avec l’iambe ardent j’essayai Juvénal, Et, le poignet armé d’une plume sévère, Aux noirs excès du temps je déclarai la guerre. Aujourd’hui, moins rigide et peut-être moins bon, Je satirise encor, mais sur un autre ton.

Lambes et poèmes

I
Comme tout jeune coeur encor vierge de fiel,
J'ai demandé d'abord ma poésie au ciel.
Hélas ! Il n'en tomba qu'une réponse amère !
Pauvre fou, cria-t-il, que la pensée altère,
Toi qui, haussant vers moi tes deux lèvres en feu,
Cherches, comme un peu d'eau, le pur souffle de Dieu,
Oh ! De moi n'attends plus de célestes haleines,
Car le vent de la terre a desséché mes plaines :
Il a brûlé mes fleurs, et dans son vol fougueux
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Il est, il est sur terre une infernale cuve,
On la nomme Paris ; c'est une large étuve,
Une fosse de pierre aux immenses contours
Qu'une eau jaune et terreuse enferme à triples tours ;
C'est un volcan fumeux et toujours en haleine
Qui remue à longs flots de la matière humaine ;
Un précipice ouvert à la corruption
Où la fange descend de toute nation,
Et qui de temps en temps, plein d'une vase immonde,
Soulevant ses bouillons déborde sur le monde.
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Nous avons tout perdu, tout, jusqu'à ce gros rire
Gonflé de gaîté franche et de bonne satire,
Ce rire d'autrefois, ce rire des aïeux
Qui jaillissait du coeur comme un flot de vin vieux
Le rire sans envie et sans haine profonde,
Pur n'y plus revenir est parti de ce monde.
Quel compère joyeux que le rire autrefois !
Maintenant il est triste, il chante à demi-voix,
Il incline la tête et se pince la lèvre ;
Chaque pli de sa bouche est creusé par la fièvre :
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A quoi servent, grand dieu ! Les leçons de l'histoire
          Pour l'avenir des citoyens,
Et tous les faits notés dans une page noire
          Par la main des historiens,
Si les mêmes excès et les mêmes misères
          Reparaissent dans tous les temps,
Et si de tous les temps les exemples des pères
          Sont imités par leurs enfants ?
Ô pauvres insensés ! Qui, le front ceint de chêne
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Une nuit je rêvais… et dans mon rêve sombre,
         Autour d'un ténébreux autel,
Passaient, passaient toujours des victimes sans nombre,
         Les bras tendus vers l'éternel.
Toutes avaient au front une trace luisante ;
         Toutes, comme un maigre troupeau
Qui laisse à l'écorcheur sa tunique pesante,
         Portaient du rouge sur la peau.
Et toutes, ce n'étaient que vieillards à grand âge,
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Ô puissant Gutenberg ! Germain de bonne race
Dont le mâle et hardi cerveau
De l’antique univers a rajeuni la face
Par un prodige tout nouveau ;
Lorsqu’aux rives du Rhin, dans une nuit ardente,
Amant d’une divinité,
Tu pressas sur ton sein la poitrine fervente
De l’immortelle liberté,
Tu crus sincèrement que cette femme austère
Enfanterait quelque beau jour
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  Hélas ! Qui le croirait ? Ce fantôme hideux, Ce monstre à l'oeil éteint dans son orbite creux, Au crâne sans cheveux et souillé de poussière, Aux membres allongés et froids comme la pierre, A la teinte jaunâtre, à cette fade odeur Qui vous met malgré vous le trouble dans le coeur ; Tout…

À M. Alfred de Vigny   I Ô fille d'Euripide, ô belle fille antique, Ô muse, qu'as-tu fait de ta blanche tunique ? Prêtresse du saint temple, oh ! Que sont devenus Les ornements sacrés qui couvraient tes pieds nus ! Et les cheveux dorés relevés sur ta tête, Et le grave cothurne, et la…

  Dante, vieux gibelin ! Quand je vois en passant Le plâtre blanc et mat de ce masque puissant Que l’art nous a laissé de ta divine tête, Je ne puis m’empêcher de frémir, ô poëte ! Tant la main du génie et celle du malheur Ont imprimé sur toi le sceau de la douleur….

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