Poésie Albert lozeau

Billets du soir

Les oiseaux ont-ils une âme? J’aimerais qu’ils eussent une âme, je m’expliquerais mieux alors leur obscure destinée, – leurs souffrances récompensées ailleurs, dans quelque paradis particulier où pullulent les insectes rares et beaux, et que les élus aux ailes agiles rempliraient de chants à la gloire de Dieu.

Les oiseaux ressemblent tellement aux hommes qu’ils doivent avoir une âme …

J’ai vu des hirondelles construire leur nid, couver patiemment au fond
d’une boîte étroite par des jours torrides, je les ai vues nourrir – ou
gaver – leur progéniture, faisant, pour contenter d’insatiables
appétits, des centaines de voyages; je les ai vues enseigner à leurs
nouveau-nés l’art merveilleux du vol, avec des cris presque humains,
des tendresses alarmées, des attentions minutieuses, des joies dont

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J’entends le vent, le vent glacé d’automne, gémir dans les branches, – ou-ou-ou-ou … Et je songe aux ballades de la vieille Allemagne qui parlent de châteaux croulant sur de hautes montagnes.

Le vent secoue les persiennes, comme s’il voulait entrer se réchauffer près du poêle de la cuisine, sur lequel de l’eau bouillonne.

Au bout extrême des branches, de petits bouquets de feuilles résistent
en s’agitant. Demain, tous les arbres seront nus, peut-être, car ce
vent finira par avoir raison des feuilles courageuses qui luttent.

En dépit des souffles forts, le brouillard persiste; lui aussi,
cependant, s’évanouira; il fondra, et le soleil dorera les maisons
lointaines qu’on n’aperçoit plus aujourd’hui. Le vent est le maître de

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La musique, ce soir, berce comme une vague mourante. Elle est si douce qu’elle se fond dans l’air et se dilue dans le silence. Note à note s’égrène la mélodie, comme la fleur s’effeuille pétale à pétale, sans bruit. Et l’harmonie flotte, poussière de sons, dans l’atmosphère paisible…

La musique est douce, douce… L’ombre en est tranquillisée, le cœur
saisi. Presque rien pour l’oreille, tout pour l’âme. Je ne sais quoi
dans l’heure endormie la subtilise, l’évapore.

Elle semble venir de très loin, peut-être du fond de mon passé, comme
une brise qui aurait fait le tour de la terre; et je ne sais si la
chanson est en-dedans ou en-dehors de moi, tant elle est douce, douce,
douce…

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L'ame solitaire

Quand la lune au ciel noir resplendit claire et ronde,
Le vers en mon cerveau comme une eau vive abonde.
Il coule naturel comme une source au bois,
Avec des sons fluets de flûte et de hautbois
Et, souvent, des accords doux et mélancoliques
D’harmonium plaintif et de vieilles musiques.
La lune verse au coeur sa blanche intimité
De rêve vaporeux où passe une beauté,
Et dans les chemins creux où la fraîcheur s’exhale
Ajoute aux flaques d’eau quelques mares d’opale,
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Avril à l’air léger, sonore et lumineux,
Fait passer sur la rue où fume un peu de glace
En vibrante fumée incolore et fugace,
Le vent qui penchera les rosiers épineux.
Le soleil, boule d’or au ciel vertigineux,
Impatient d’atteindre à sa plus haute place,
Monte, et le vent devient plus tiède sur la face ;
La neige fond au pied des sapins résineux.
Monte, divin soleil, afin que tout renaisse !
Rends au coeur épuisé le sang de sa jeunesse,
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Nocturnes

I
Le vent mélodieux chante dans les pins sombres
Dont les larges bras noirs bougent parmi les ombres
Le ciel s’est étoilé lentement. La forêt
Voit mille yeux bleus s’ouvrir sur son dôme discret,
Et, sur le sol moelleux que vêt la feuille brune,
Luire de fins rayons et des flaques de lune.
Parfois vibre un bruit d’aile, et furtif, égaré,

Un oiseau somnambule apparaît, effaré.

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Vespérales

I
Comme sont morts les preux, dans la gloire et le sang,
Au soir du jour frappés au coeur d’un fer puissant,
Le soleil, chevalier bardé d’or qui s’irise,
Dans le champ de l’azur, tout sanglant, agonise.
De son sein, à longs flots jaillit la pourpre en feu,

Qui coule, se propage et s’épand dans le bleu
Comme un golfe profond que le soir violette,
En avançant à pas lents d’ombre qui halète.

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Soirs qui viennent plus tôt du ciel plus bas : septembre ;
Première effeuillaison des choses vers le sol.
Premier exode ailé dans l’innombrable vol
Parti des arbres, en essaims de pourpre et d’ambre;
Premier retour au livre oublié dans la chambre ;
Seuls vrais repos sur l’oreiller plus mol ;
Apaisement profond des sens, que l’Été fol
Exaspéra ; bonheur vague de chaque membre …
Automne cher ! saison propice au souvenir,
Comme un vieil air joué dans l’âme allant finir !

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Ce soir je me sens malheureux
C’est qu’il a menti le beau songe
Je m’exaltais en plein mensonge
Ah! comme j’en sors douloureux
Je croyais, et c’était ma gloire
J’espérais, c’était mon bonheur
Et maintenant, j’ai dans le coeur
Le mal affreux de ne plus croire
Je pleure, et ma main tremble un peu
Demain, je serai triste encore

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Vaguement, en mon coeur je sens que se rallume
Mon amour, comme un feu de lampe dans la brume.
C’est un charme qu’on prend pour quelque souvenir
Qui dans l’âme, d’abord, peut tout entier tenir.
Et la lampe bientôt en étoile se change,
Et répand des rayons dont la brume s’effrange.
Et c’est moins qu’une ivresse et c’est plus qu’un frisson…
Mon âme est pleine et chante une ancienne chanson.
Et puis, c’est un soleil en sa clarté première,
Qui verse à grands flots d’or sa divine lumière !
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