L aiguille creuse

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L Aiguille creuse Chapitre 1 Le coup de feu

Raymonde prêta l’oreille. De nouveau et par deux fois le bruit se fit entendre, assez net pour qu’on pût le détacher de tous les bruits confus qui formaient le grand silence nocturne, mais si faible qu’elle n’aurait su dire s’il était proche ou lointain, s’il se produisait entre les murs du vaste château, ou dehors, parmi les retraites ténébreuses du parc.

Doucement elle se leva. Sa fenêtre était entrouverte, elle en écarta les battants. La clarté de la lune reposait sur un calme paysage de pelouses et de bosquets où les ruines éparses de l’ancienne abbaye se découpaient en silhouettes tragiques, colonnes tronquées, ogives incomplètes, ébauches de portiques et lambeaux d’arcs-boutants. Un peu d’air flottait à la surface des choses, glissant à travers les rameaux nus et immobiles des arbres, mais agitant les petites feuilles naissantes des massifs.

Et soudain, le même bruit… C’était vers sa gauche et au-dessous de l’étage qu’elle habitait, par conséquent dans les salons qui occupaient l’aile occidentale du château.

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L Aiguille creuse Chapitre 2 Isidore Beautrelet élève de rhétorique

Extrait du Grand Journal:

NOUVELLES DE LA NUIT

Enlèvement du docteur Delattre.

Un coup d’une audace folle.

” Au moment de mettre sous presse, on nous apporte une nouvelle dont nous n’osons pas garantir l’authenticité, tellement elle nous paraît invraisemblable. Nous la donnons donc sous toutes réserves.

” Hier soir, le docteur Delattre, le célèbre chirurgien, assistait avec sa femme et sa fille à la représentation d’Hernani, à la Comédie-Française. Au début du troisième acte, c’est-à-dire vers dix heures, la porte de sa loge s’ouvrit; un monsieur, que deux autres accompagnaient, se pencha vers le docteur, et lui dit assez haut pour que Mme Delattre entendît:

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L Aiguille creuse Chapitre 3 Le cadavre

Vers six heures du soir, ses opérations terminées, M. Filleul attendait, en compagnie de son greffier, M. Brédoux, la voiture qui devait le ramener à Dieppe. Il paraissait agité, nerveux. Par deux fois il demanda:

– Vous n’avez pas aperçu le jeune Beautrelet ?

– Ma foi non, Monsieur le juge.

– Où diable peut-il être ? On ne l’a pas vu de la journée.

Soudain, il eut une idée, confia son portefeuille à Brédoux, fit en courant le tour du château et se dirigea vers les ruines.

Près de la grande arcade, à plat ventre sur le sol tapissé des longues aiguilles de pin, un de ses bras replié sous sa tête, Isidore semblait assoupi.

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L Aiguille creuse Chapitre 4 Face à face

Six semaines après, un soir, j’avais donné congé à mon domestique. C’était la veille du 14 juillet. Il faisait une chaleur d’orage, et l’idée de sortir ne me souriait guère. Les fenêtres de mon balcon ouvertes, ma lampe de travail allumée, je m’installai dans un fauteuil et, n’ayant pas encore lu les journaux, je ne mis à les parcourir. Bien entendu on y parlait d’Arsène Lupin. Depuis la tentative de meurtre dont le pauvre Isidore Beautrelet avait été victime, il ne s’était pas passé un jour sans qu’il fût question de l’affaire d’Ambrumésy. Une rubrique quotidienne lui était consacrée. Jamais l’opinion publique n’avait été surexcitée à ce point par une telle série d’événements précipités, de coups de théâtre inattendus et déconcertants. M. Filleul qui, décidément, acceptait, avec une bonne foi méritoire, son rôle de subalterne, avait confié aux interviewers les exploits de son jeune conseiller pendant les trois jours mémorables, de sorte que l’on pouvait se livrer aux suppositions les plus téméraires.

On ne s’en privait pas. Spécialistes et techniciens du crime, romanciers et dramaturges, magistrats et anciens chefs de la Sûreté, MM. Lecocq retraités et Herlock Sholmès en herbe, chacun avait sa théorie et la délayait en copieux articles. Chacun reprenait et complétait l’instruction. Et tout cela sur la parole d’un enfant, d’Isidore Beautrelet, élève de rhétorique au lycée Janson-de-Sailly.

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L Aiguille creuse Chapitre 5 Sur la piste

La violence du coup étourdit le jeune Beautrelet. Au fond, bien qu’il eût obéi, en publiant son article, à un de ces mouvements irrésistibles qui vous font dédaigner toute prudence, au fond, il n’avait pas cru à la possibilité d’un enlèvement. Ses précautions étaient trop bien prises. Les amis de Cherbourg n’avaient pas seulement consigne de garder le père Beautrelet, ils devaient surveiller ses allées et venues, ne jamais le laisser sortir seul, et même ne lui remettre aucune lettre sans l’avoir au préalable décachetée. Non, il n’y avait pas de danger. Lupin bluffait; Lupin. désireux de gagner du temps, cherchait à intimider son adversaire. Le coup fut donc presque imprévu, et toute la fin du jour, dans l’impuissance où il était d’agir, il en ressentait le choc douloureux. Une seule idée le soutenait: partir, aller là-bas, voir par lui-même ce qui s’était passé et reprendre l’offensive. Il envoya un télégramme à Cherbourg. Vers huit heures, il arrivait à la gare Saint-Lazare. Quelques minutes après, l’express l’emmenait.

Ce n’est qu’une heure plus tard, en dépliant machinalement un journal du soir acheté sur le quai, qu’il eut connaissance de la fameuse lettre par laquelle Lupin répondait indirectement à son article du matin.

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L Aiguille creuse Chapitre 6 Un secret historique

La résolution de Beautrelet fut immédiate: il agirait seul. Prévenir la justice était trop dangereux. Outre qu’il ne pouvait offrir que des présomptions, il craignait les lenteurs de la justice, les indiscrétions certaines, toute une enquête préalable pendant laquelle Lupin, inévitablement averti, aurait le loisir d’effectuer sa retraite en bon ordre.

Le lendemain, dès huit heures, son paquet sous le bras, il quitta l’auberge qu’il habitait aux environs de Cuzion, gagna le premier fourré venu, se défit de ses hardes d’ouvrier, redevint le jeune peintre anglais qu’il était précédemment, et se présenta chez le notaire d’Eguzon, le plus gros bourg de la contrée.

Il raconta que le pays lui plaisait, et que, s’il trouvait une demeure convenable, il s’y installerait volontiers avec ses parents. Le notaire indiqua plusieurs domaines. Beautrelet insinua qu’on lui avait parlé du château de l’Aiguille, au nord de la Creuse.

– En effet, mais le château de l’Aiguille, qui appartient à un de mes clients, depuis cinq ans, n’est pas à vendre.

– Il l’habite alors ?
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L Aiguille creuse Chapitre 7 Le Traité de l Aiguille

Il est quatre heures du matin. Isidore n’est pas rentré au lycée. Il n’y rentrera pas avant la fin de la guerre sans merci qu’il a déclarée à Lupin. Cela, il se l’est juré tout bas, pendant que ses amis l’emportaient en voiture, tout défaillant et meurtri. Serment insensé ! Guerre absurde et illogique ! Que peut-il faire, lui, enfant isolé et sans armes, contre ce phénomène d’énergie et de puissance ? Par où l’attaquer ? Il est inattaquable. Où le blesser ? Il est invulnérable. Où l’atteindre ? Il est inaccessible.

Quatre heures du matin… Isidore a de nouveau accepté l’hospitalité de son camarade de Janson. Debout devant la cheminée de sa chambre, les coudes plantés droit sur le marbre, les deux poings au menton, il regarde son image que lui renvoie la glace.

Il ne pleure plus, il ne veut plus pleurer, ni se tordre sur son lit, ni se désespérer, comme il le fait depuis deux heures. Il veut réfléchir, réfléchir et comprendre.

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L Aiguille creuse Chapitre 8 De César à Lupin

” Que diable ! Il m’a fallu dix jours, à moi Lupin… il te faudra bien dix ans ! ”

Cette phrase, prononcée par Lupin au sortir du château de Vélines, eut une influence considérable sur la conduite de Beautrelet. Très calme au fond et toujours maître de lui, Lupin avait néanmoins de ces moments d’exaltation, de ces expansions un peu romantiques, théâtrales à la fois et bon enfant, où il lui échappait certains aveux, certaines paroles dont un garçon comme Beautrelet pouvait tirer profit.

À tort ou à raison, Beautrelet croyait voir dans cette phrase un de ces aveux involontaires. Il était en droit de conclure que, si Lupin mettait en parallèle ses efforts et les siens dans la poursuite de la vérité sur l’Aiguille creuse, c’est que tous deux possédaient des moyens identiques pour arriver au but, c’est que lui, Lupin, n’avait pas eu des éléments de réussite différents de ceux que possédait son adversaire. Les chances étaient les mêmes. Or, avec ces mêmes chances, avec ces mêmes éléments de réussite, il avait suffi à Lupin de dix jours. Quels étaient ces éléments, ces moyens et ces chances ? Cela se réduisait en définitive à la connaissance de la brochure publiée en 1815, brochure que Lupin avait sans doute,

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L Aiguille creuse Chapitre 9 Sésame ouvre-toi

L’Aiguille d’Étretat est creuse !

Phénomène naturel ? Excavation produite par des cataclysmes intérieurs ou par l’effort insensible de la mer qui bouillonne, de la pluie qui s’infiltre ? Ou bien œuvre surhumaine, exécutée par des humains, Celtes, Gaulois, hommes préhistoriques ? Questions insolubles sans doute. Et qu’importait ? L’essentiel résidait en ceci: l’Aiguille était creuse.

À quarante ou cinquante mètres de cette arche imposante qu’on appelle la Porte d’Aval et qui s’élance du haut de la falaise, ainsi que la branche colossale d’un arbre, pour prendre racine dans les rocs sous-marins, s’érige un cône calcaire démesuré; et ce cône n’est qu’un bonnet d’écorce pointu posé sur du vide

Révélation prodigieuse ! Après Lupin, voilà que Beautrelet découvrait le mot de la grande énigme, qui a plané sur plus de vingt siècles ! mot d’une importance suprême pour celui qui le possédait jadis, aux lointaines époques où des hordes de barbares chevauchaient le vieux monde ! mot magique qui ouvre l’antre cyclopéen à des tribus entières fuyant devant l’ennemi ! mot mystérieux qui garde la porte de l’asile le plus inviolable ! mot prestigieux qui donne le Pouvoir et assure la prépondérance !

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L Aiguille creuse Chapitre 10 Le trésor des rois de France

Un rideau s’écarta.

– Bonjour, mon cher Beautrelet, vous êtes un peu en retard. Le déjeuner était fixé à midi. Mais, enfin, à quelques minutes près… Qu’y a-t-il donc ? Vous ne me reconnaissez pas ? Je suis donc si changé !

Au cours de sa lutte contre Lupin, Beautrelet avait connu bien des surprises, et il s’attendait encore, à l’heure du dénouement, à passer par bien d’autres émotions, mais le choc cette fois fut imprévu. Ce n’était pas de l’étonnement, mais de la stupeur, de l’épouvante.

L’homme qu’il avait en face de lui, l’homme que toute la force brutale des événements l’obligeait à considérer comme Arsène Lupin, cet homme c’était Valméras. Valméras ! le propriétaire du château de l’Aiguille. Valméras ! celui-là même auquel il avait demandé secours contre Arsène Lupin. Valméras ! son compagnon d’expédition à Crozant. Valméras le courageux ami qui avait rendu possible l’évasion de Raymonde en frappant ou en affectant de frapper, dans l’ombre du vestibule, un complice de Lupin !

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